Le Marais, Paris

Cagliostro

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adresse : Rue Saint Claude

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Rue Saint Claude*.

* A l’heure de la mise en ligne, j’apprends qu’Alexandre Gady affirme dans son nouveau livre « Le Marais, guide historique et architectural » (Éditions Le Passage) que Cagliostro n’aurait jamais habité la rue Saint Claude. En attendant la réincarnation d’Alexandre Balsamo, le mystère s’épaissit et le débat entre spécialistes de l’histoire de Paris reste donc ouvert ?!

La montée en puissance

D’origine modeste, né le 2 juin 1743 à Palerme en Sicile, le jeune Guiseppe Balsamo, dit Alexandre, est très tôt placé en milieu ecclésiastique chez les Frères de la Miséricorde. Il apprend les rudiments de la chimie, de la botanique et de la médecine puis sert comme infirmier.

A Messine, il est initié à l’alchimie et plus tard, il épouse à Rome la très belle Lorenza Seraphina Feliciani, fille d’un fondeur de métaux.

Grâce à la dot de la jeune femme, âgée de 16 ans lors de leur mariage, le couple va voyager à travers l’Europe : Italie du Nord, Venise, Milan, Gênes, Aix en Provence (où il rencontre Casanova), Londres, la France et de nouveau l’Angleterre.

C’est durant cette période qu’il met au point ses fameux remèdes « pour guérir toutes sortes de maux sans exception et beaucoup d’autres encore » et ses conseils pour gagner à la loterie...

Mais le couple repart sur les routes : Bruxelles, Berlin, les états Baltes, la Russie (où il se fait passer pour un colonel Espagnol), la Pologne pour revenir finalement en France.

L’apogée à Paris

Le climat de l’époque est favorable à tout ce qui se rattache au mysticisme et à l’illuminisme. Le comte de Saint-Germain convainc le roi Louis XV des vertus d’un élixir de longue vie, Mesmer avec son fameux baquet guérit les névrosés par l’application des mains et le Marquis de PuySégur développe sa théorie du « somnambulisme artificiel ».

Pourvu d’une imagination débordante, Alexandre Balsamo qui se fait désormais appeler Comte de Cagliostro, comprend très vite les besoins mystiques de son époque.

Il raconte un peu partout qu’il peut fabriquer des diamants, changer le chanvre en soie et les métaux en or. Il va même jusqu’à déclarer qu’il a assisté aux noces de Cana et secondé François 1er lors de la bataille de Marignan.

Côté prescriptions, la liste de ses remèdes s’allonge à l’infini…Sous formes de bains à « l’extrait de Saturne », de tisane ou de goutte, sa « médecine » fait florès dans tous les milieux. Il soigne gratuitement les plus pauvres et s’attire la sympathie des personnes haut placées dans le monde de l’épée, de la finance et de la robe. Le Cardinal de Rohan, célèbre personnage de l’époque est son ami.

En 1781 Son premier passage à Paris laisse déjà présager son succès futur. Le bouche à oreille joue à plein et son salon ne désemplit pas.

Reparti sur les routes, il fonde à Lyon une loge maçonnique, « La sagesse Triomphante », et invente du même coup le rituel de la maçonnerie égyptienne dont il se proclame le Grand Cophte et sa femme Sérafina, la reine de Saba.

Enfin, il décide de poser ses valises et de s’installer à Paris. Il loue le 30 janvier 1785 l’hôtel de la rue Saint Claude à la Marquise d’Orvillé, fille du comte Bouthillier.

Coqueluche du Tout Paris, les carrosses font la queue devant sa porte. On se presse à ses séances de cristallomancie et ses prescriptions médicamenteuses s’arrachent.

En août 1785, il inaugure une nouvelle loge maçonnique devant un parterre de gens importants, la loge « égyptienne » Isis pour les femmes.

Malheureusement, la Comtesse de La Motte a décidé de lui nuire. Sur un faux témoignage de celle-ci, il est impliqué avec sa femme dans l’Affaire du collier de la Reine, arrêté et embastillé.

Jugé par le Parlement, son acquittement déchaîne les foules et son retour rue Saint Claude est triomphal. Environ 10 000 personnes enthousiastes l’attendent toute la soirée pour fêter l’événement. La cour de son hôtel particulier, les appartements voisins et la rue sont noirs de monde. Les gens scandent des poèmes et jouent des sérénades. On l’acclame, il est au faîte de sa gloire.

Mais joies de courtes durées, le roi lui ordonne dés le lendemain de quitter Paris sous huit jours et la France dans les trois semaines.

La chute en Italie.

De Londres où il a trouvé refuge, il envoie une Lettre au peuple français où il prophétise la prise de la Bastille et sa transformation en une place pour promenades.

En 1787, il part à Bâle, passe par Turin et commet l’erreur de se rendre dans les Etats Pontificaux où il est arrêté comme « pratiquant la Franc-maçonnerie ». Le 7 avril 1791, il est condamné à mort mais le pape commue sa peine en prison à perpétuée au château de Léon. Il y meurt le 1er octobre 1795 à 52 ans. Sa femme, elle aussi condamnée à perpétuité lui survit quelques années dans un couvent.

La porte de l’hôtel de la rue Saint Claude restera fermée dix ans et ce n’est qu’en 1805, qu’elle fut ouverte de nouveau pour une vente à l’encan du mobilier de l’aventurier pour payer les loyers impayés.

Hubert Castan

Sources bibliographiques : Dictionnaire critique de l’ésotérisme (PUF) Dictionnaire historique des rues de Paris (Editions de Minuit).


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mercredi 9 août 2006